Cette histoire va se dérouler sur une pèriode courte, quatre mois tout au plus. Elle est racontée sur trois volets:

  • Le Rituel de Néhès,

  • Le Rituel de l'Ecorce,

  • Le Rituel de « Condaach ».

 

Pour ceux  et celles qui hésitent à rentrer dans mon imaginaire, je vous offre les Cinq premiers chapitres du premier tome: le "Rituel de Néhès "!

                                                         Chapitre 1 

Périgord Noir 19 heures. 7 Novembre 1990

La nuit était bien installée.

 

  Dehors, dans les bois et dans les prés, le brame des cerfs raisonnait lugubrement pour les derniers soirs. La campagne, si belle dans la journée, était faiblement éclairée par une lune triste et mouillée. L’air était froid. 

   Un brouillard léger, mais tenace montait lentement du sol vers une gigantesque bâtisse. Dans la journée, la couleur des murs se rapprochait des ocres les plus chaudes du Périgord. Là dans cette fin de crépuscule, le noir et le gris se mélangeaient à la nuit.

  Toutes les fenêtres étaient closes.

À l’intérieur, dans plusieurs pièces en enfilade, des meubles anciens, tapisseries et cheminées majestueuses donnaient à cette demeure un aspect suranné, mais confortable.

  Dans la salle à manger, occupée par un grand buffet et une magnifique table Louis XIII, un homme, âgé, somnolait dans un fauteuil. Il était près d’un feu de cheminée dont les flammes n’étaient plus qu’un vieux souvenir.

   Seules les braises encore rougeoyantes donnaient un semblant de chaleur. Le radiateur, très ancien, ne fonctionnait que très poussivement.

Le dormeur sortit de sa somnolence et se redressa en soupirant. Un léger frisson parcourut son corps. Il passa lentement sur ses cheveux qu’il avait longs et pratiquement blancs, une main décharnée et tachée par la vieillesse.

  Il se pencha vers les braises et tendit ses deux mains dans le geste ancestral de celui qui veut communiquer avec la chaleur du feu pour réchauffer son corps.

  Il quitta son fauteuil en grimaçant, les douleurs arthritiques de ses épaules et de ses genoux semblant le faire souffrir.

  Il se rendit d’un pas encore vif vers le cellier et revint avec une buche moyenne, mais lourde pour ses deux bras qui donnaient malgré tout une impression de force musculaire peu compatible avec son état général.

Il se pencha sur les chenets et déposa son encombrant fardeau. Armé d’un soufflet antique il essaya tant bien que mal de redonner aux braises un peu de vigueur.

  —    Allez, redémarre !

   Sa voix douce et claire détonnait dans cette pièce sombre.

  Le feu se réanima.

  Il se redressa, les bras ballants, le soufflet pendant mollement au bout de sa main droite, la tête légèrement inclinée en avant comme s’‘il s’assoupissait debout… Puis après avoir remis le soufflet le long du mur de la cheminée, il reprit sa place dans son fauteuil.

  Ses mains se posèrent sur les accoudoirs. Une bague ancienne sertie d’une pierre noire ronde et lisse ornait sa main droite. L’auriculaire de sa main gauche n’existait plus. Ses ongles courts semblaient manucurés à l’extrême. Il portait une sorte de survêtement de qualité moyenne, acheté dans une grande surface commerciale.

  —   Amélie !

  À peine eut-il prononcé ce prénom, qu’une femme sortit de l’ombre de la pièce pour se placer devant lui

  —  Merci, ma douce amie, de m’aider à regagner ma chambre

  —  Vous voulez vous coucher sans dîner ?

  —  Oui, je n’ai pas faim.

  —  Ce n’est pas raisonnable, monsieur Archange. Déjà pour votre déjeuner vous n’avez presque rien mangé !

—    Je sais, je me nourrirai mieux demain.

—    Vous voulez toujours descendre voir vos truffières demain matin ?

  —  Oui, c’est un moment important pour moi vous le savez bien. Je dois m’assurer des dégâts éventuels de nos amis sangliers sans parler des braconniers…

  —   Voulez-vous que je vous accompagne ?

  —   Merci, Amélie, ce ne sera pas la peine. Je prendrai mon temps pour m’y rendre et j’ai besoin de solitude.

  —   Comme vous voudrez, mais cette fois-ci n’oubliez pas votre béquille !

  —   Oui, oui… merci ma chère. Maintenant voulez-vous m’aider s’il vous plait ?

  Amélie offrit son bras au vieux monsieur qui se releva en grimaçant. Ils se dirigèrent vers le grand escalier qui menait aux appartements.

  Alors qu’ils entamaient la montée des trente-sept marches en pierres inégales, Amélie poussa un gros soupir.

  —  Vous rendez vous compte des efforts que vous êtes obligé de faire, alors que je pourrai vous installer une chambre en bas ! Et si je tombais malade comment feriez-vous ?

  —   La providence, Amélie, la providence y pourvoira, répondit le vieillard sur un ton badin.

  Ils arrivèrent après de nombreuses pauses devant la porte de la chambre. Amélie déposa sur la joue parcheminée de l’homme, un petit baiser en lui souhaitant une bonne nuit et reprit le chemin des communs qu’elle habitait maintenant depuis quelques années.

  Cela faisait effectivement cinq ans qu’elle était auprès du vieil homme. Cinq années de loyaux et bons services en tant que gouvernante et aussi « femme à tout faire ». Se disant veuve depuis quinze ans, sans

enfant, elle était arrivée dans la région, cinq ans auparavant et avait postulé pour s’occuper du ménage et des courses du vieillard. Elle avait résisté à toutes les rumeurs et mauvaises langues qui la transformaient en amoureuse platonique de son employeur, farouche et vieux célibataire.

  Depuis son installation dans cette demeure, elle avait endossé une fonction protectrice et pratiquement maternelle avec ce vieil homme qu’elle avait vue vieillir si rapidement et devenir au fil du temps de plus en plus fragile.

  Pendant qu’Amélie trottinait vers ses appartements, notre personnage traversa son immense chambre et se rendit dans un bureau près d’un cabinet de toilette.

  Cette pièce tendue de soie et de tissus ocre et or était remplie de meubles antiques, magnifiquement bien entretenus sur lesquels on pouvait voir de nombreux objets dont l’usage pouvait paraître profondément mystérieux. Sur les murs, des tableaux représentaient des hommes et des femmes, tous et toutes dans de martiales positions.

  Le vieillard s’approcha d’un secrétaire orné d’un blason frappé en son centre d’une serre d’aigle, barrée d’une branche d’olivier.

  Après avoir ouvert les deux portes du meuble, il prit un flacon en cristal qui contenait un liquide ambré

sur lequel était gravé à l’identique le blason du bureau. Après avoir déposé l’objet sur une table en merisier, il enleva le bouchon qui oblitérait le récipient.

  Un parfum musqué et entêtant remplit la petite pièce. Le vieillard se pencha sur l’effluve et murmura :

  -  In seet archan Ichar archan…

  Il répéta cette phrase sous forme de mélopée à voix basse plusieurs fois.

  Au bout de cinq minutes environ, il s’arrêta et après avoir poussé un profond soupir, il reboucha le flacon et le remit à sa place. Ceci fait, le vieil homme quitta la petite pièce aux murs mordorés et après avoir éteint la seule lampe qui l’éclairait il revint dans sa chambre.

  Sur un coussin noir de jais, un chat de gouttière des plus commun ronflait en dormant comme un prince.

  Après s’en être approché, il se mit à genoux avec difficulté et caressa la tête du matou.

  – Tu vois mon bon Ramsès, même le rituel d’Ichar ne m’obéit plus. À quoi puis je servir aujourd’hui dans cette enveloppe charnelle décrépite.

  Il se redressa en se tenant sur un meuble attenant au coussin et se dirigea vers son cabinet de toilette.

  Après une ablution sommaire, il enfila une vieille chemise de nuit et se coucha dans le grand lit à baldaquin qui trônait au centre de la pièce. La température ne devait pas excéder les seize degrés Celsius.

  Il remonta la couette bien chaude achetée par Amélie au début de l’automne et après avoir éteint sa lampe de chevet, il ferma les yeux.

  Sa respiration devint lente et profonde et quelques minutes après il ne paraissait plus respirer.

  Archange Ephrasus Saïf El Jabar venait de sombrer dans un sommeil sans fond.

  D’aucuns qui l’aurait vu, aurait pu penser qu’il était mort.

                                                                           Chapitre 2

Paris, 8 novembre 1990  8 heures du matin

Pierre Fulangi finissait son café quand retentit la sonnette d’entrée de son magasin situé rue des Beaux Arts.

   Marchand de tableaux et expert depuis plus de trente ans, le galeriste était une figure de proue de la rue de Seine et des Beaux Arts. Connu comme le loup blanc dans toutes les soirées mondaines parisiennes, il avait pour habitude de travailler à l’aurore le matin, et par conséquent de baisser son rideau tôt dans la soirée.

   En regardant avec discrétion par la vitrine, il constata la présence d’un visiteur sur le pas de sa porte. Ce-

lui-ci engoncé dans un loden et une grande écharpe, était tourné vers la chaussée et ne semblait marquer aucune impatience devant le silence du commerçant.

   Pierre Fulangi provoqua l’ouverture de la porte qui s’ouvrit avec un bruit sec de déclencheur électronique. Le visiteur se retourna. Un sourire satisfait éclairait sa figure alors qu’il franchissait le seuil de la boutique.

   Arrivé dans l’entrée du magasin, l’homme salua le commerçant d’une manière affable et courtoise.

  —  Monsieur Fulangi, je suis très heureux de vous rendre visite. Permettez-moi de me présenter ! Gerhard de Saint-Elme grand amateur d’art et collectionneurs.

  —  Bonjour, monsieur, je n’ai pas l’honneur de vous connaître et pourtant je crois être très au fait des collections et détentions de tableaux dans le monde entier !

  — Je ne suis pas de ceux qui aiment afficher leurs trésors. J’ai fait l’acquisition de très belles toiles par l’intermédiaire de fiducies américaines et ne suis nullement intéressé par le mécénat et l’exposition de mes enfants chéris.

   Le marchand de tableaux pria son visiteur de le suivre dans son arrière-boutique où il avait installé son bureau.

   Pierre Fulangi examina son vis-à-vis et rechercha dans sa mémoire s’il avait pu croiser ce personnage dans une des salles de ventes qu’il avait l’habitude de fréquenter.

   Son interlocuteur était très grand, peut être un mètre quatre-vingt-cinq. Il paraissait maigre. Son manteau semblait flotter autour d’un corps décharné. Son visage émacié avec des maxillaires saillants et puissants était illuminé par un sourire permanent. Les lèvres fines et serrées ne s’entrouvraient qu’à peine. Ses yeux, très bleus et légèrement proéminents détonnaient avec l’aspect cadavérique de son faciès. Ses cheveux d’un noir de jais semblaient faux ou teints et chose étrange, une tonsure bien dessinée apparaissait à l’arrière de son crâne comme celle des moines du temps jadis. Et ses pieds… malgré la température glaciale de ce mois de décembre, ils étaient nus dans des sandales de cuir qui semblaient remonter à la nuit des temps.

   Le mystérieux personnage mit ses mains sur son cœur et fit une légère courbette au commerçant.

  —  Je suis à la recherche de miniatures du peintre Antonio Ancoleti et je sais que vous en possédez une. Accepteriez-vous de me la céder ?

   La réponse de Pierre Fulangi fut immédiate.

  —  On vous a mal renseigné, cher monsieur, je ne détiens aucune œuvre de ce peintre et si tel était le cas, croyez qu’elle serait à l’abri dans un endroit plus sûr que cette modeste boutique…

  —  Tss… Tss… ! Vous mentez mal, cher monsieur, susurra l’étrange acheteur. Je sais que vous possédez une des peintures de cet artiste italien depuis le 17 juin 1981.

    Vous en avez fait l’acquisition lors de la vente de la

succession Berlinghieri et depuis vous n’avez jamais cherché à la céder. N’est-ce pas ?

   Le négociant de tableau devint cramoisi et répliqua :

  —   De toute façon même si j’en étais l’heureux possesseur, je ne vous la vendrai pas.

   Avisant un fauteuil dans un coin de la pièce, l’homme s’assit en poussant un profond soupir. Il dénoua son écharpe et entrouvrit le haut de son loden.

   Pierre Fulangi fut frappé par un détail qui le laissa sans voix. Son interlocuteur ne paraissait avoir aucun vêtement sous son manteau. Là où il y aurait dû avoir une chemise ou un pull, il n’y avait que la peau blafarde et la naissance des clavicules excessivement saillantes.

   Le visiteur reprit :

  —  Je vous laisse une chance, car je compte sur votre sens du commerce et de l’hospitalité pour me montrer et me vendre cette miniature. Votre prix sera le mien, cher monsieur…

  —   C’est hors de question, répondit sèchement Pierre Fulangi. Et maintenant s’il vous plait je vous remercie de bien vouloir me laisser, j’ai beaucoup de rangements à faire et une exposition à préparer.

  —   Comme c’est dommage ! J’aurais tellement aimé que nous ayons une conversation et une entente d’esthètes à propos de cette peinture.

   S’appuyant sur les accoudoirs du fauteuil, il se releva et en fixant le marchand de tableaux dans les yeux, il dégrafa davantage son manteau.

   Pierre Fulangi saisit le combiné du téléphone avec l’intention d’appeler le commissariat quand son regard se porta sur la poitrine de l’homme.

   Celui-ci commençait à la dénuder en écartant les pans du loden. Son écharpe glissa par terre.

   Pierre Fulangi sentit le sol se dérober sous jambes. Il s’appuya sur son bureau, il ne pouvait détacher son regard de la poitrine de son visiteur. Le téléphone avait atterri sur la moquette.

   L’homme avait maintenant ouvert complètement son manteau et sur son torse squelettique trônait le tatouage d’un œil fermé entouré de ronces et de signes cabalistiques.

   L’étrange personnage accentua son sourire et de jovial, celui-ci devint carnassier laissant apparaitre des dents noires et gâtées… Ses yeux flamboyaient. Pierre Fulangi entendit dans sa tête comme une multitude de voix ou un hurlement prédominait.

   Il voulut fermer les yeux pour échapper à l’emprise de l’homme qui se tenait maintenant à deux mètres de lui.

   Sans succès...

   Soudain, il crut avoir une hallucination. La paupière de l’œil tatoué commença à s’ouvrir. En même temps, le tatouage passa du dessin à la réalité. Un œil vivant était ouvert sur la poitrine décharnée de l’homme et le regardait sans ciller.

   Pierre Fulangi tomba à genoux.

   Sous la domination de cet œil et de son hôte, il se traîna derrière son bureau et ouvrit un tiroir du bas.

Sa tête était prête à éclater. Il prit une clef de coffre.

Fischer à cinq points, attachée à un vieux porte-clefs Bentley. La douleur devenait insupportable et il se rendit compte qu’il allait mourir.

Il murmura :

  —    Par pitié, arrêtez cela ! Escalier derrière… Débarras… coffre derrière armoire à pharmacie…

   Et il s’effondra sur le sol. Un flot de sang sortit de ses oreilles et de son nez. Une fumée malodorante émergea de ses orbites… Dans un ultime sursaut, son cœur cessa de battre.

   L’homme passa une main aux ongles sales et mal entretenus sur l’œil ouvert sur sa poitrine. Ce dernier se referma. Le tatouage avait repris sa place… Après avoir refermé son manteau, il ramassa son écharpe et la renoua autour de son cou. Il se pencha sur sa victime et prit la clef dans la main crispée de Pierre Fulangi en évitant soigneusement de salir ses sandales vétustes dans le sang qui commençait à se répandre sur la moquette usée…

   L’homme qui ressemblait à un moine se rendit dans le sous-sol.

   Après avoir allumé et avisé la pharmacie sur le mur latéral du local, il décrocha le petit meuble doucement et le posa sur le sol. Le coffre ancien, caché derrière, ne nécessitait aucune combinaison. Il introduisit la clef dans la serrure, et n’eut aucune peine à l’ouvrir.

   À l’intérieur, posé sur des papiers, titres et bons au porteur, il y avait une petite miniature de douze centimètres sur douze.

   Après avoir sorti de sa poche un foulard de soie, il la saisit délicatement et l’enveloppa avec un soin baigné

de tendresse. Puis après avoir refermé le coffre et remis l’armoire à pharmacie à sa place en s’assurant que tout était bien à la même place, il remonta d’un pas alerte l’escalier qui menait au bureau du galeriste.

En contournant le corps allongé du marchand de tableaux, il trouva sans problème le bouton poussoir qui déclenchait l’ouverture de la porte d’entrée et sortit du magasin sans précipitation.

   Son sempiternel sourire sur les lèvres, il se mit à fredonner une sorte de mélopée qui ressemblait à un cantique.

  Son précieux paquet sous son bras, il remonta la rue des Beaux Arts avec assurance. Les passants et les véhicules qui commençaient à envahir la rue semblaient ne pas le remarquer, comme s’il était invisible.

   À l’angle de la rue Bonaparte, son image s’estompa progressivement. Elle fut remplacée par un léger brouillard qui témoigna de sa récente présence.

                                                                          Chapitre 3

 

Périgord Noir, 8 Novembre 1990, 9 heures du matin.

  La brume d’automne venait juste de se lever. La rosée recouvrait d’une pellicule argentée les prés et les arbustes. Archange Ephrasus Saïf El Jabar se dirigeait d’un pas lent et mal assuré vers son but de promenade favori : ses truffières.

   Vêtu d’un grand manteau de berger avec houppelande, d’un vieux pantalon kaki et chaussé de godillots de marche, il s’aidait d’une béquille orthopédique afin d’assurer ses pas. Sa tête était nue. Un catogan fait avec un lien de cuir simple retenait sa longue chevelure.

   Il s’arrêtait de temps en temps pour respirer l’air pur et frais de la campagne. Il avait besoin de se res-

sourcer dans ce calme paysage, quelle que soit la saison, le contact avec la nature lui servait de vitamine et de viatique.

   Chaque cycle de celle-ci alimentait chez lui une passion différente. Pour l’instant et jusqu’en février il vibrait pour ses truffières, au printemps pour ses fleurs et ses arbustes d’ornement, l’été pour son potager et ses abeilles et l’automne pour les noix, les pommes et les châtaignes.

   Le rapport financier des truffes ne l’intéressait pas, même si pendant cette période Amélie se débrouillait pour faire un peu de commerce avec la récolte qui n’avait pas été levée par les sangliers et les voisins peu délicats.

   Ce qui le passionnait, c’était de découvrir le « bijou noir » grâce à la mouche jaune.

   Il aimait regarder avec beaucoup de discrétion l’insecte faire son vol stationnaire sur un des trésors de la truffière. Puis après avoir balayé, avec une branche d’arbuste, le terrain brûlé, il attendait avec patience de la voir revenir et se poser. Ensuite, délicatement il écartait délicatement avec les doigts la terre autour de ce micro territoire pour sortir au grand jour le fruit de sa découverte. Le vieil homme appréciait par-dessus tout sentir cette odeur particulière que l’on garde sous les ongles et sur les manches. Tout cela faisait vibrer son cœur à l’unisson de la nature.

   Il préférait de loin cette méthode à celle des « laboureurs de truffières » qui venaient de temps en temps

avec leurs chiens faire de la levée sauvage qui générait des cris de colère d’Amélie.

   Il arriva vers l’endroit où se trouvait la plus grande

truffière de son domaine. Celle-ci était à l’abri de chênes et de châtaigniers. Son cercle brûlé, irrégulier, mesurait dans les trois mètres de diamètre. Tout de suite, il remarqua des traces de pas qui n’étaient pas les siens. La terre n’était pas grattée. À un endroit précis, il y avait un petit monticule de terre retourné.

  — Tiens, les sangliers chaussent du trente-huit cet automne ! marmonna-t-il.

   Puis en souriant et en s’appuyant sur sa béquille, il s’assit sous un chêne sur un amas de grosses pierres.

   Il commença à se concentrer sur la surface brûlée afin de voir la mouche chasseresse démarrer sa quête. Contrairement au reste de son corps, sa vue ne souffrait d’aucune dépréciation. Il lisait sans lunettes et sa vision de loin était aussi bonne que celle d’un adolescent.

   Un bruit de pas léger derrière lui attira son attention et le fit retourner.

   Une jeune fille regardait intensément la surface brûlée de la truffière.

  —  Bonjour ! dit-il en la fixant des yeux.

  —  Bonjour grand-père ! répondit l’adolescente avec une pointe de douce ironie dans la voix.

  —  Nous sommes parents ? dit-il avec amusement.

  —  Non ! Mais vous êtes un vieux monsieur, donc un grand-père.

  —  Si tu veux ! Tu peux m’appeler Archange. C’est mon prénom. Est toi quel est le tien ?

  —  Anaïs

  Il fixa les mains de la jeune fille et vit qu’elles étaient maculées de terre fraiche.   Il évalua son âge, pensant qu’elle devait avoir douze ou treize ans. Son visage, encore enfantin, encadré par des cheveux courts et bouclés, rayonnait de candeur. Ses yeux gris clair pétillaient d’intelligence.

  — C’est toi qui as levé la truffe qui était là, dit-il en indiquant du bout de sa béquille le petit emplacement fraichement retourné.

  —  Oui, c’est moi.

  —  Tu récoltes pour tes parents ?

  —  Non !

  —  Alors pour toi, pour te faire un peu d’argent de poche ?

  —  Non !

  —  Alors à quoi cela te sert-il de sortir une truffe de son milieu naturel si ce n’est pas pour la vendre ou te nourrir ?

   La jeune fille le regarda avec intensité comme si elle voulait le sonder profondément avant de lui apporter une réponse. Avec un peu d’hésitation, elle lui dit :

  —  Vous me promettez de ne pas vous fâcher ni de vous moquer ?

  —  Je te le jure ! dit-il d’une voix douce en la regardant droit les yeux.

  —  La truffe, je l’ai offerte à Dagda*.

  —  Tu veux parler de Dagda le dieu du » Vrai Savoir » des celtes anciens?

  —   Oui !

  —   Qui es-tu pour connaître cette entité celtique très vieille ?

  —    Je suis Anaïs, la fille d’Ihlis !

   Ayant répondu laconiquement à cette dernière question, elle fit demi-tour et disparut en courant avec légèreté dans la futaie de châtaigniers, laissant Archange Ephrasus Saïf El Jabar surpris et perplexe.

   Il se leva de son siège de pierre en s’aidant de sa béquille et essaya de voir où la jeune fille était partie.

   Un petit sentier tracé par des sangliers s’enfonçait dans la futaie, juste dans la direction prise par l’adolescente. Le vieil homme s’y engagea en faisant attention de ne pas tomber. Il avançait avec précaution en écartant de temps en temps les branches mortes qui lui barraient le chemin.

   Après dix minutes d’une progression harassante, il s’arrêta dans une petite clairière où trônaient trois vieux charmes positionnés à la façon d’un triangle isocèle parfait.

  Au centre de cette figure géométrique, il vit posé par terre sur l’humus des feuilles, un cairn de pierre de vingt centimètres de haut, entouré d’une couronne de châtaignes fraichement ramassées.

   Sur le plat de la dernière pierre à même un tapis de mousse, était installée la truffe déterrée par la mystérieuse Anaïs.

   Archange s’approcha du petit autel.

   Il mit péniblement un genou en terre et s’inclinant vers le cairn où reposait l’offrande, il fit une prière silencieuse à celui qu’il vénérait depuis si longtemps.

  Un peu plus loin dans les fourrés, la jeune fille l’observait.

   Elle venait de trouver celui que ses voix lui avaient

indiqué, celui dont elle rêvait, celui à qui elle devait redonner l’envie de reprendre la lutte.

   Mais c’était un grand-père ! Et il paraissait si faible !

                                                         Chapitre 4

 

Amsterdam, 10 novembre1990  15 heures.

   Dans le centre historique d’Amsterdam à côté du beau quartier « Jordaan », s’élevait une maison monumentale du début 18e siècle, située au bord du canal Brouwersgracht.

   De cet endroit, on peut voir les canaux Prinsengracht et Keizersgracht. Ce canal avait été récemment élu comme la plus belle rue d’Amsterdam.

Le quartier du « Jordaan » (du français « jardin ») est caractérisé par son atmosphère agréable et détendue, et par de nombreuses petites boutiques et galeries d’art situées tout au long des canaux et des rues étroites.

   Au dernier étage de cette demeure, dans un appartement aux murs blancs, décoré avec un mobilier exclusivement contemporain qui alliait le bon goût à l’esthétisme recherché, cinq personnages conversaient autour d’une table totalement transparente.

   Ces personnes étaient toutes d’un âge semblable, entre trente-cinq et quarante ans. Cette assemblée était composée d’hommes, habillés pour la plupart avec un raffinement dénué d’ostentation.

   Tous avaient le visage glabre, les cheveux courts et les mains manucurées.

   Un observateur aurait pu décrire leur réunion comme celle d’un conseil d’administration. Sauf que, devant eux, il n’y avait aucun document associé à une quelconque stratégie commerciale.

   Le seul point commun de ces personnages consistait en une bague ancienne ornée d’une pierre noire et lisse qu’ils portaient tous à l’annulaire de leur main droite.

   Leur conversation était feutrée. Ils s’exprimaient tous dans un excellent français, sans aucun accent ni défaut de prononciation.

   Celui qui paraissait diriger cette assemblée leva la main pour demander la parole.

  — Mes amis, mes frères, je viens de recevoir un message alarmant de notre correspondant du Vatican. Le Cardinal Spelodoni nous confirme une mauvaise nouvelle. Le Moine Gerhard de Saint-Elme est revenu !

  — Comment est-ce possible ? interrogea son voisin de droite. Nous l’avons fait disparaître il y a plus de soixante-dix ans.

  — Ambrosio, mon ami, nous avions fait le maximum

en pratiquant un rituel de purification sur sa dépouille. Mais il faut se rendre à l’évidence : le Moine est un « Ancien » ! Son âme est corrompue et ses alliés possèdent des pouvoirs qui l’ont certainement ramené à la vie.

  — Petrus ! Comment a-t-il été localisé ?

   La question fut posée par celui qui paraissait le plus jeune de cette assemblée.

  — Le cardinal Spelodoni est comme tu le sais, Sergueï, responsable de la sécurité du Vatican. Il est en étroite relation avec Interpol.

   Une vague de meurtres a lieu depuis deux mois dans le monde des antiquaires et des marchands de tableaux, et ce dans l’Europe tout entière. Chaque victime est décédée d’une hémorragie cérébrale mortelle. Aucune trace de cambriolage ni de vandalisme n’a été constatée chez eux.

  — Comment Spelodoni relie-t-il ces meurtres avec le Moine ?

   Demanda l’un des personnages nantis d’une chevelure d’un blond flamboyant.

  —  Mon cher Maximilien, reprit Petrus, te rappelles-tu du carnage d’Andorre en 1790 ? Toutes les druides de la confrérie andorrane étaient morts d’un traumatisme cérébral foudroyant. Le Moine et ses sbires les avaient tous tués. Les victimes de ce monstre avaient toutes subi une sorte de crémation des nerfs optiques… Le rapport du cardinal fait état de la même constatation morbide sur les cadavres retrouvés.

  — C’est effectivement la marque de l’œil de Byleth, dit Ambrosio. Lug ! Il est revenu !... Les Mages Andor-

rans ne sont toujours pas vengés…

  — Où le dernier meurtre a-t-il été commis ? demanda Sergueï.

  — En France, à Paris chez un marchand de tableaux de la rue des Beaux Arts : Pierre Fulangi !

   Celui qui se prénommait Petrus et qui semblait diriger l’assemblée reprit la parole :

  — Nous devons faire en sorte de localiser très rapidement le Moine et tout mettre en œuvre pour connaître ses dessins afin de protéger ses futures proies. Ensuite, nous devrons le faire disparaître définitivement. Pour ce faire, nous devons agir de toutes nos forces.

  —Il faut que nous reprenions contact avec celui d’entre nous qui connaît le mieux le Moine pour l’avoir combattu et détruit !

   Celui qui venait de prononcer ces paroles semblait être le plus âgé de ce curieux concile. Son profil d’aigle et ses cheveux noirs qui tirait sur la couleur ardoise lui donnaient un air sévère et autoritaire.

  — Ambrosio, tu as raison, reprit Petrus. Notre cher Archange n’est plus au fait de sa force. Depuis notre grande assemblée, il y a dix ans, dans la forêt de Huelgoat, il s’est retiré dans son domaine du Périgord et aujourd’hui ce n’est plus qu’un vieillard qui ne peut même plus utiliser le Rituel d’Ichar.

   Le cinquième personnage qui n’avait pas encore pris part à la conversation demanda la parole. Très grand, légèrement voûté, le cheveu brun légèrement clairsemé, il avait une voix légère et chantante.

  – Vous savez tous, mes amis que je voue une immense affection pour notre frère Archange. Il m’a sauvé la vie à deux reprises lors de nos luttes anciennes contre les puissances noires. J’ai prié Dagda et je l’ai invoqué. Je lui ai demandé de redonner à notre frère la force de retrouver l’ancien savoir et de reprendre le rituel de Néhès. Il semblerait que ma prière ait touché notre dieu car j’ai fait un rêve dans lequel Dagda envoyait à notre ami une jeune fille, enfant humaine de la fée Ihlis pour le stimuler et lui réapprendre à marcher sur la route de Vrai Savoir.

  —  Ta prière a bien été exaucée, Fulbert dit Ambrosio. J’ai fait le même rêve et j’ai ensuite consulté par la pensée l’Arbre sacré d’Ehruin. Celui-ci m’a effectivement confirmé l’intervention de notre Maître et de ses filles.

  — Que proposes tu Fulbert ? demanda Petrus.

  — Je lui ai fait parvenir une lettre dans laquelle je le préviens de ma visite chez lui la semaine prochaine. Je le mettrai au courant de l’effroyable nouvelle du retour du Moine.

  — Nous serons avec toi dans un « cercle de pensées », Fulbert Haute-Main, dit Petrus. Mes amis, nous allons clôturer cette assemblée avec notre rituel de puissance !

   Les cinq compagnons se levèrent et joignirent leurs mains. Les yeux fermés, ils commencèrent à murmurer une mélopée douce, chargée de vibrations intenses… Un halo bleu se mit à frémir au-dessus de leurs têtes.

Au même moment, dans un collège de Dordogne, celle qui avait dit s’appeler Anaïs écoutait d’une oreille distraite le professeur de science de la vie et de la terre, en train de disserter sur les volcans.

  Soudain, sans prévenir, une onde de chaleur traversa son jeune corps. Elle ferma les yeux. Une voix basse et profonde s’insinua avec douceur dans son cerveau. Elle comprit qu’elle devait revoir très rapidement le vieil homme qui s’appelait Archange.

 

 

                                                                                      Chapitre 5

 

Périgord Noir, 13 novembre 1990 11 heures.

—  Monsieur Archange, vous avez reçu du courrier !

   Amélie traversa les appartements du rez-de-chaussée, une lettre à la main. Après avoir franchi le grand salon, elle arriva dans la salle à manger monumentale où se tenait Archange Ephrasus Saïf El Jabar. Celui-ci était installé dans un fauteuil Louis XIII. Il lisait un article dans un vieux numéro du Chasseur français. Absorbé par une chronique sur la préservation des châtaigniers attaqués par l’insecte appelé « ravageur », il n’avait pas entendu Amélie arriver.

   Il portait un costume en tweed avec une chemise à carreaux dont le col et les manchettes laissaient entrevoir des traces d’usure.

   Amélie lui tendit les trois enveloppes que la factrice venait de déposer sur le seuil de la porte de la cuisine.

Il leva la tête de son journal et prit les lettres, deux factures et une enveloppe simple sans fioriture sur laquelle son nom et son adresse étaient calligraphiés avec une écriture petite et serrée.

   Il donna les factures à Amélie en lui demandant comme à l’accoutumée de s’en occuper. Archange Ephrasus Saïf El Jabar posa son journal sur une table qui se trouvait à côté de son fauteuil. Après avoir bien regardé l’enveloppe manuscrite, il la plia en deux et la glissa dans la poche intérieure de sa veste.

   Il se leva de son siège. Son visage était passé du masque de la concentration à celui de la contrariété.

   En saisissant au passage sa canne anglaise, il se dirigea vers la porte d’entrée.

   Arrivé sur le seuil de sa demeure, il avisa un banc de pierre qui trônait le long d’un des murs de sa maison. Ce banc, dans la matinée toujours au soleil même en hiver, lui procurait lors des belles journées un havre de chaleur.

   Là, après s’être assis, la tête légèrement renversée et les yeux fermés, il se laissait envahir par les rayons du soleil, et ce quelle que soit la saison. Il en profitait aussi pour donner aux deux couples de paons qui occupaient sa demeure, des graines de tournesol et parfois des petits bouts de pain dur.

   Ce matin, il s’assit comme d’habitude sur le banc de pierre, laissant sa béquille en appui sur le mur ocre. Il sortit la lettre qu’il venait de recevoir et il la décacheta avec précision à l’aide d’un petit canif qu’il avait

dans l’une des poches de son costume.

   La missive qui était à l’intérieur ne comportait que quelques lignes :

« Cher Archange,

Je viendrai te rendre visite le 15 novembre.

Je serai chez toi au point du jour, là où l’Eau se mélange à la Terre.

Fraternellement

Fulbert Haute-Main »

La lettre lui échappa et se posa délicatement sur le sol. La visite de Fulbert Haute-Main au lever du soleil ne présageait rien de bon.

   Il se pencha en avant, et avec difficulté ramassa la missive de son ami. Il ne l’avait pas revu depuis qu’il avait quitté, sans y participer, « la grande cérémonie du Renouveau « .

   Dix ans déjà...

  —  Il va me trouver bien changé, pensa-t-il.

   Les paons se mirent à crier. Comme les oies du Capitole, ces volatiles se comportaient en chiens de garde. Leurs cris stridents prévenaient la plupart du temps de l’arrivée d’un visiteur.

   Archange Ephrasus Saïf El Jabar leva les yeux et vit à quelques mètres de lui, tenant un vélo d’une main, la mystérieuse rencontre faite dans la forêt deux jours auparavant.

  —  Bonjour Grand-père !

  —  Bonjour, Anaïs, si cela est bien ton prénom ? N’est-ce pas ?

   Elle posa son vélo sur le sol et se planta devant lui.

   Elle portait une grande chemise canadienne en laine rouge et noire sur un jeans déchiré aux genoux. Ses cheveux bouclés retombaient sur le visage et cachaient son front, laissant apparaître deux yeux gris, aux cils démesurément longs.

  - C’est mon prénom, et c’est celui aussi de ma grand-mère et de mon arrière-grand-mère du côté de mon père ! dit-elle avec un sourire enjôleur.

   Elle s’approcha du vieil homme assis sur le banc et posa sa main fraiche sur son épaule. Ils se regardèrent une longue minute sans prononcer un mot.

   Le vieil homme rompit le silence en lui demandant :

  —  L’offrande de la truffe dans le cercle des charmes, c’est toi ?

  —  Oui ! répondit-elle sans hésiter.

  —  Qui es-tu vraiment pour faire ce rite ancestral de prière ?

  –   Pour tout le monde, je suis une adolescente qui aime le rock, la vitesse sur mon vélo, les études un peu… mais pour les arbres, les animaux, la nature, je suis la fille humaine de la Fée Ihlis, une des Filles de Dagda le maitre du Grand Savoir.

  —   Que me veux-tu ?

  —   Je suis là, car il m’a été demandé de te redonner l’envie de retrouver le chemin de la connaissance. Je dois t’entrainer, te servir de coach quoi ! Comme dans Rocky !

  —  Comme qui ?

  — Rocky Balboa le boxeur américain avec sa fiancée Adrienne ! Tu ne connais pas ?

  — Je ne connais pas cet homme, soupira le vieillard.

  — Tu ne regardes pas la télévision ? dit-elle

  — Je n’en ai pas et n’en veux pas ! répondit-il brusquement.

  — Tu te tiens au courant des affaires du monde quand même ?

  — Oui… je lis Sud Ouest de temps en temps.

  — Formidable ! quelle classe !

   Agacé par cette conversation, Archange Ephrasus Saïf El Jabar se leva du banc en prenant sa canne anglaise. Il avait devant lui une enfant de Dagda dans le corps d’une « fille de l’homme » et il se sentait complètement démuni, incapable de dialoguer avec elle. Il décida de battre en retraite…

  — Désolé ma petite ! Je voudrais que le temps qui passe éteigne la bougie de mon existence le plus normalement du monde en restant toujours en communion profonde avec tout ce qui a été le sens réel de ma longue vie. J’ai pris cette décision il y a dix ans maintenant et je ne veux pas revenir dessus.

   Ayant dit cela, il prit la main droite de la jeune fille en y déposant un léger baiser. Puis il se retourna et se dirigea vers la porte d’entrée de sa maison.

   Anaïs le regarda s’éloigner. Avant qu’il ne passe le seuil de la demeure, elle lui lança d’une voix claire :

  — Grand-Père !! Il m’a été dit que tu es une vieille âme ! Et que dans ton sang coule toujours le fluide de la Magie Blanche ! Que tu le veuilles ou non, celle-ci va encore bouleverser ta vie. Ton destin n’est pas encore marqué par la mort. Je serai là quand tu auras changé d’avis !

   Sur ces paroles, elle redressa son vélo, l’enfourcha avec grâce et légèreté et reprit la direction de la départementale qui jouxtait un long chemin conduisant à la propriété.

   Un grand sourire éclairait son visage enfantin. Sa mission commençait plutôt bien. Elle avait senti une profonde perturbation dans l’esprit du vieil homme. Celle-ci devrait bientôt le ramener à la réalité de son être.

  Elle décida de rentrer chez ses parents pour travailler sur la préparation d’un contrôle de géographie qui devait avoir lieu le lendemain.